La Libération

Saint Pierre du Mont et Mont de Marsan vécurent ensemble les deux dernières guerres et leur histoire se ressemble. Il est cependant important de signaler que c'est sur la commune de St Pierre qu'eut lieu la libération de Mont de Marsan, le 20 août 1944, libération qui est commémorée tous les ans au Pont de Bats.

Louis Papy écrit au lendemain de la libération :

Dimanche 20 août 1944

Depuis la veille, le pays est secoué d'explosions formidables. Tout saute autour de Mont de Marsan: le camp d'aviation immense construit sur l'emplacement de forêts abattues et où, pendant des années on coula tant de béton; ces dépôts d'explosifs accumulés et camouflés au prix de tant de peine; ces bastions qui n'auront servi à rien, ces hangars, ces ateliers... tout saute!
Tout s'en va en fumée. Quelques jours avant les allemands annonçaient par affiches que si la population s'agitait, ils bombarderaient la ville... En tous cas les allemands s'en vont.

Autour de la ville, des troupes de soldats couchés sur le sol, stupides, regardent les noires colonnes de fumée s'élever dans un ciel d'orage. Ces soldats, hier encore, défilaient allègrement en chantant dans les rues de la ville. Les voici vaincus, découragés, vautrés...
Au fond d'eux-même beaucoup se disaient que la guerre est finie pour eux; ils se réjouiraient s'ils ne redoutaient les vengeances de ces « terroristes » dont on leur a fait un épouvantail.
En même temps, ce sont, en ville, des scènes de pillage. Les allemands avaient entassé des stocks considérables. Ils ne les brûlent pas, mais ils refusent de les livrer aux autorités françaises. Ils permettent à la population de les piller. Ainsi c'est la ruée sur les hangars où sont entreposés ces richesses, sacs de biscuits que l'on éventre, caisses de sucre, boites de conserves de toutes sortes, vin des meilleurs crus de Bordeaux et de Bourgogne, liqueurs les plus fines, bougies, savons, bonbons que sais-je encore?... Aux braves gens du peuple, dont beaucoup souffraient si longtemps de privation, se mêlent des personnages honorablement connus dans la cité, et qui eux aussi pillent sans vergogne...

Tous ce peuple affairé ne montre pas encore sa joie. Le ciel est bas et triste. Le boche est encore là, retranché à l'aérodrome, dans le quartier du lycée et la boucle de la Douze. Partira-t'il ? On n'ose encore y croire...

Lundi 21 août 1944

Quelle explosion soudaine de joie! Dans la nuit, les allemands se sont retirés vers le camp d'aviation, les premiers maquisards sont arrivés. Comme par un coup de baguette magique, la ville a été pavoisée en un instant.
Sous les acclamations, passent les premières troupes FFI. Équipements disparates. Armements hétéroclites. Beaucoup de ces hommes ont la mine de gens qui ont longtemps couru la campagne, campé n'importe où, supporté les intempéries. Arriveront vers midi des détachements bien encadrés, à la tenue impeccable. On les acclame encore. L'auditeur de Philippe Henriot se frotte les yeux: ce sont là les terroristes dont nous parlait la radio de Vichy?
Tout ce bon peuple de Mont de Marsan exprime en criant, en courant de façon désordonnée son bonheur d'être délivré d'une si longue et si pesante oppression. On chante la Marseillaise à tue-tête... Surprise! Au balcon de l'hôtel de Ville, devant la place noire de monde, apparaît Monsieur le maire Larrieu. Il est flanqué de deux officiers des armées alliées, un capitaine écossais et un capitaine américain, parachutés dans la région. A l'adresse de ceux-ci monte de la foule une acclamation puissante.
Le Maire parle et gesticule. Il explique que pendant l'occupation, il a fait ce qu'il a pu et qu'il se retire pour faire place à un plus jeune. Monsieur le Maire, qui eu de forts bonnes relations avec les officiers de l'armée d'occupation « ils étaient si corrects », embrasse avec effusion les officiers des armées alliées. On applaudit... Comment n'applaudirait-on pas? Voilà qui est bien joué! Ainsi s'achève un long règne municipal. Ma foi, le départ s'est fait en beauté.

Aurait-on célébré trop tôt la libération? Vers 13h des coups de feu retentissent: on dit que des détachements allemands, aux abords de la ville, ont tiré en se retirant. Plus tard, on annonce qu'une colonne allemande s'avance vers la ville. On enlève les drapeaux sur la rue centrale. Bientôt le bruit se précise: les allemands arrivent, venant de Tartas, par la route de Bayonne.
Ils sont nombreux: environ quarante camions chargés d'hommes. Ils s'agit d'une de ces colonnes qui vont, désemparées, qu'on verra errer à la dérive dans les Landes pendant plusieurs jours encore. Quel est le but de celle-ci?
Sans doute rejoindre à Mont de Marsan les allemands qu'elle croit encore retranchés. On peut supposer que les officiers ne veulent ni livrer bataille ni saccager la ville. Mais est-ce sûr? La situation peu devenir critique: à Mont de Marsan, la Résistance s'est démasquée...
Les FFI sont insuffisamment armés. Braves petits gars du Maquis! Courageusement, au nombre de 200 environ, ils se portent au devant de l'ennemi. La lutte sera farouche, acharnée.
Elle commence au Pont de Bats, où les FFI combattent pied à pied. Manœuvrant à l'abri du talus de chemin de fer, les allemands tentent de déborder la défense française. La lutte est inégale: l'armement allemand est tellement supérieur! Il faut supérieur! Il faut se replier sur le pont de Luxey, puis toujours en combattant, jusqu'aux abords de la ville...
Je connais des gamins de Mont de Marsan, qui savaient à peine tenir un fusil et se conduisirent ce jour là en héros, des soldats nord-africains et noirs, anciens prisonniers, qui accomplirent des exploits. Tout à coup un camion saute: c'est une détonation formidable. Il semble que l'incident ait déconcerté les assaillants. Ceux-ci sont surpris de se heurter à la résistance obstinée de Maquisards, qu'ils croient nombreux, et de n'avoir pas eu le secours de la garnison allemande de Mont de Marsan, qu'ils pensaient encore maitresse de l'aérodrome.
A la nuit, la fusillade a cessé. Les Maquisards ne disposent plus de beaucoup de munitions. On entend les officiers allemands hurler leurs ordres. La troupe ennemie ramasse ses morts et ses blessés, abandonne sept ou huit camions; et s'en va reprendre sans course, sans espoir...

Trois Français ont payé de leur vie la sécurité de la ville; l'officier écossais, que l'on avait fêté le matin même est tombé, lui aussi au champ d'honneur. Le 24 août, toute la ville suivit la dépouille mortelle de ces braves; en l'église de la Madeleine, l'archiprêtre Beaumont, entouré de ses vicaires, dont on a remarqué les brassards à croix de Lorraine, magnifia leur sacrifice.

Dans Mont de Marsan libéré, le nouveau régime s'établit. Le nouveau préfet, Monsieur Paul Chary fit un long séjour dans les geôles allemandes; chacun connait son courage, son intégrité parfaite. Le nouveau maire, Monsieur David, censeur du lycée, est aussi un résistant de la première heure, un administrateur de talent. L'un et l'autre ont fort bonne prestance. On procède à l'arrestation de collaborateurs notoires; tout se passe en ordre, sans ravitaillement s'améliore un peu... O merveille! L'éclairage axial reparait. Il y a encore fort à faire pour établir l'ordre dans la maison, liquider l'héritage de quatre années sinistres d'occupation.

Le lendemain des combats, restes des camions allemands devant la maison Cascay, route de Bayonne entre les deux ponts de Luxey et de Bats.

Les combats de St Pierre du Mont

La bataille commença au lieu dit "Trompeur", à la limite de St Pierre et de St Perdon, pour se terminer à la passerelle de Luxey qui délimite St Pierre et Mont de Marsan.
Les FFI prirent leurs dispositions de combat de part et d'autre de la route ne cessèrent de harceler et de freiner l'avance de l'ennemi.
Il est à peine besoin de préciser que la bataille n'était pas égale, mais la bravoure de nos défenseurs se surpassa, et ils surprirent certainement l'ennemi qui mit en oeuvre toutes ses ressources.
Les Allemand avançaient peu à peu, ils étaient attendus toutefois au Pont de Bats, où la défense fit des merveilles. Hélas la portée insuffisante des armes portatives ne permit point de déjouer la manoeuvre d'encerclement des assaillants, qui se dispersant autour du Pont de Bats, cherchaient à contourner nos défenseurs. Héroïquement succombèrent dans le corps à corps quatre vaillants combattants.

La défense se replie sur la passerelle du Pont de Luxey qui formait le dernier point d'appui.
Qui saura jamais et qui redira les efforts surhumains qui se dépensèrent dans cette ultime action?
Le tumulte était énorme. Les Allemands hurlant leurs commandements comme des fous lorsqu'une lueur domine l'horizon, suivie d'une détonation formidable entendue dans tous les environs. C'était un camion allemand chargé de munitions qui vient de sauter sur une mine habilement placée. La fusillade va décroissant de part et d'autre. Le silence regagne peu à peu, que vient cependant troubler le bruit des camions allemands faisant demi-tour.
Il reste sur le terrain neuf véhicules en parfait état: camion citerne, camion atelier de réparation et voitures diverses.

Les dégâts

Si les allemands emportèrent leurs morts et leurs blessés, il reste des traces de combat dans le cadre où il se déroula. Voici dans l'ordre de la bataille:
Une fusée allemande incendia toute la récolte de paille de la ferme Maisonnave à 300 mètres de la route nationale.
A Trompeur, Monsieur Moumique, des Ponts et Chaussées, dont les septs enfants, sur les conseils des FFI, s'étaient égayés dans la forêt, fut victime de vols de draps de lits, d'aliments et d'effets.
En haut de la côte de la route de Bayonne, à proximité d'un chêne abattu sur la route pour retarder l'avance des allemands, ceux-ci incendièrent la coquette villa de Monsieur Dubos.
A mi-côte, la grange de la ferme de Coummassot fut incendiée avec des allumettes tout au début de la bagarre. Deux habitants: Monsieur Castets et son beau-frère Monsieur Lalanne furent utilisés comme boucliers par les allemands et finalementa emmenés dans un camion au plus fort de la bataille. Ils ne recouvrèrent la liberté que le lendemain matin et à Dax où le convoi dans sa fuite les avait fait suivre.

Toutes les maisons sises dans les parages du Pont de Bats et de la passerelle du chemin de fer de Luxey portent des traces de balles.
Tout en face du camion explosé, la villa de Monsieru Cascallu a sa façade défoncée et l'intérieur dans le plus piteux état. Quant à la maison voisine de Monsieur Laffargue, une grenade incendiaire en eut raison. Il ne reste que des décombres.
Encore faut il se réjouir que toutes ces victimes aient pu réchapper vivantes de ce champ de bataille.

Les obsèques des quatre tués du Pont de Bats, le 24 août 1944:
Capitaine Mellows, Capitaine Croharé, Adjudant Siot et Adjudant Clapot.
Au garde à vous, entourant le Préfet: De Milleret, Léon Dussarat (Léon des Landes)
Effectifs FFI ayant participé à l'engagement: une centaine
La colonne allemande était cinq fois plus nombreuse.
Pertes allemandes: quatre soldats inhumés à Dax et cinq véhicules.

Une borne à fleur de lys subsistait encore à l’angle d’un mur, boulevard Alsace Lorraine à « Rigole ». Elle situait l’une des limites de Saint-Pierre-du-Mont en 1866. Cette pierre a été malencontreusement brisée lors de la démolition de cet angle de mur au mois d’octobre 1963…