Les transformations économiques

Le XIXème apparaît ici comme le siècle des innovations dans le domaine agricole. Dès 1802 est effectué un essai de culture de l’arachide dans la métairie du « Grand Tic », appartenant au citoyen Lacère, essai qui donna dans un premier temps des résultats inattendus avant de se révéler utopique.
Mais les principales expériences en matière agricole sont le fait d’un personnage devenu une célébrité landaise et qui a marqué de son esprit d’entreprise l’économie du département, le marquis de Cornouille.

Cet héritier d’une des plus anciennes familles de la noblesse bretonne, après avoir quitté l’armée en 1831 avec le grade de lieutenant-colonel, au terme d’une carrière militaire classique, teste ses qualités d’agronome sur les terres familiales de Bretagne, avant de s’intéresser au développement économique du département des Landes où il achète des terres, d’abord en Haute-Lande aux confins du Lot-et-Garonne. Installé avec sa famille à Mont-de-Marsan à partir de 1840, il devient membre éminent de la société d’Agriculture et fait l’acquisition de nouvelles terres, en 1866, à St Pierre du Mont et à St-Médard.
Il y fait construire des maisons et y crée une véritable ceinture maraîchère où il pratique en particulier la culture d’asperges dont il écoule la production vers Bordeaux.
Il se lance ensuite dans l’industrie, créant la minoterie de Mont-de-Marsan située au confluent de la Douze et du Midou, au pied d’une petite chute d’eau, et qui a fonctionné jusque dans les années 1950.
Il a aussi installé sur la rive droite de la Midouze, une scierie mécanique, des moulins à huile traitant les graines de lin et de colza et une fonderie.

La deuxième partie du XIXème siècle est marquée, suite à la loi de 1857, par la pratique systématique de plantations de pins maritimes dans tout l’intérieur du département, débouchant sur la création de l’immense forêt de Gascogne, qui fit la fortune de la région jusqu’à la fin de l’entre-deux guerres.
Cette forêt dominée par « l’arbre d’or » couvre encore la partie sud de la commune aux lisières de Haut-Mauco et de St-Perdon.

St-Pierre et Mont-de-Marsan sont aussi affectées par les progrès des transports. Dans les années 1850 est construite la voie ferrée Morcenx – Mont-de-Marsan, un peu plus tard prolongée jusqu’à Tarbes et qui traverse le territoire de St-Pierre avant d’atteindre la gare de Mont-de-Marsan.
Son inauguration officielle a lieu en 1859 à l’occasion du passage à Mont-de-Marsan de Napoléon III accompagné de l’impératrice Eugénie. Le canon tonne alors, en l’honneur du couple impérial sur les hauteurs de St-Pierre.

Par contre la révolution industrielle du XIXème siècle, ne semble pas modifier de façon significative la vie de l’agglomération. A ce propos, on sait qu’en 1857, la Cie du Midi demande et obtient l’autorisation d’établir une machine à vapeur dans les dépendances de la gare. La construction de nouvelles voies ferrées et le développement des transports ferroviaires viennent en fait concurrencer victorieusement la vieille batellerie locale, qui avait atteint son apogée au XVIIIème siècle et qui, désormais, entre dans une phase de déclin progressif débouchant sur la fermeture du port fluvial dans les années 1900.

Outre les transformations économiques, l’autre grande affaire locale du XIXème siècle tourne autour de la question de la survie de la commune et des modifications de son territoire : en 1864, le projet d’annexion d'une partie du territoire communal à Mont-de-Marsan, soulève une tempête de protestations et déclenche des échanges épistolaires assez vifs avec les autorités.

En fait, il s’agit de la renaissance de vieux projets qui semblent avoir suscité bien des polémiques de 1800 jusqu’au milieu du XIXème siècle : déjà une ordonnance royale de Louis-Philippe, en 1831, avait fait taire un tollé, en confirmant le tracé des limites communales alors en place et en assurant l’indépendance des communes périphériques de Mont-de-Marsan menacées d’annexion (il s’agissait de St-Pierre-du-Mont, St-Jean-d’Août, St-Médard et Nonères).

Mais jusqu’en 1964, on trouve des délibérations dans les deux communes de Saint-Pierre-du-Mont et de Mont-de-Marsan remettant en cause les limites du territoire entre les deux communes. C’est une question récurrente. Deux faits en sont à l’origine : l’octroi et le cadastre.

A l’origine, la ville de Mont-de-Marsan se trouvait comprise uniquement entre les deux rivières, la Douze, le Midou. Au fil des siècles, la population augmentant, son territoire se trouvait trop exigu pour accueillir les nouveaux habitants qui faute de place, s’installèrent à la périphérie de la ville. La vie économique se sclérosait du fait de l’affaiblissement des capacités financières de la noblesse et de la haute bourgeoisie. Les propriétés se disloquaient du fait des successions familiales et des alliances matrimoniales.
De nouveaux bourgeois venus de la Chalosse toute proche ou du Pays Basque prenaient pied dans la ville. C’est surtout à la périphérie que se fixèrent ces nouveaux notables. La source des richesses se déplaçait. Les ressources fiscales ne se trouvaient plus « intra-muros ». L’extension du territoire induisait la recherche d’un accroissement des ressources fiscales afin de faire vivre « ces nouveaux territoires ». C’est alors le mécanisme de l’octroi qui entre en jeu. L’octroi est une taxe indirecte de consommation établie au profit des communes sur certaines denrées et sur certains objets consommés à l’intérieur des communes. Elle s’appliquait aux villes de 5000 âmes au moins.
L’octroi avait le grave inconvénient de porter sur les denrées nécessaires à la vie. C’était hélas une condition nécessaire de son activité. Si, seuls les objets de luxe avaient été soumis aux droits, le rendement eut été beaucoup moindre. Au point de vue fiscal, l’octroi portait une grave atteinte à la liberté des citoyens et aux relations commerciales par la gène et les retards qui résultaient des visites et vérifications à l’entrée des villes. Malgré de nombreuses tentatives pour le supprimer, il fallu attendre 1930 pour le voir disparaître et il fut légalement aboli par une ordonnance de 1948.
Ce droit d’octroi est l’un des piliers sur lequel repose le désir d’annexion des communes par Mont-de-Marsan.

Le deuxième pilier est la mise en place du Cadastre sous Bonaparte. Une circulaire du 13 mars 1806 en précisait le mode opératoire. En 1789, à la Révolution, la ville de Mont-de-Marsan et les communes environnantes étaient circonscrites par ce qu’il est convenu d’appeler de manière imprécise : la paroisse. Cet espace n’avait pas de délimitation précise et reconnue.
Les églises des villes et villages pouvaient en être considérées comme le centre géométrique et c’était les fidèles, qui au fil des siècles marquèrent de façon invisible, les limites.
La Convention sentit la nécessité de normaliser ces limites par la mise en place du cadastre. Pour la ville de Mont-de-Marsan et des communes environnantes la mise en place du cadastre, au lieu de régler les conflits, les raviva.
Dans son livre : « Mont-de-Marsan et ses banlieues», Michel Lévèque nous relate les diverses délibérations des Conseils Municipaux relatives aux limites territoriales qui nous montrent à quel point cette question fut importante et passionnée.

Finalement, en 1866, Saint Jean l’Août, Nonères et Saint-Médard de Beausse sont annexées à Mont-de-Marsan. Saint-Pierre-du-Mont assure sa survie en tant que commune indépendante mais au prix de la perte de la partie nord du territoire communal, intégrée désormais au territoire de Mont-de-Marsan (les limites anciennes passaient aux alentours de Plumaçon, c’est-à-dire de l’actuelle place des Arènes du chef-lieu, de la place J. Jaurès et de la place St Louis).
L’antériorité historique de St-Pierre par rapport à Mont-de-Marsan a sans doute pesé lourd dans le décision finale qui a permis la pérennité de la commune.

La ligne de démarcation: elle traversait la route du Houga en face de l'entrée du lotissement de Marcus (anciennement Métairie Balane), elle poursuivait par le champs des "Coutouneau", champs du Pouy (qui appartenait à Monsieur Dupouy), puis elle traversait la route de Grenade (à la hauteur de la maison de la presse), se prolongeait par la métairie du "Haïroun" et butait contre la route de St Sever.

Si l’histoire récente de St-Pierre se confond pratiquement avec celle de sa grande voisine montoise, quelques faits précis peuvent être signalés: la création du groupe scolaire et de la mairie actuelle en 1912.
La construction du monument aux morts par le sculpteur montois E. Ducom en 1924, celle du fronton de pelote basque en 1939 (démoli en 2003), toutes ces constructions étant situées à proximité immédiate de l’église.