Du début des temps modernes à la Révolution

Alors que la région est devenue à la fin du XVème siècle possession de la famille d’Albret et que le Marsan, par décision royale, est organisé en sénéchaussée distincte, le début du XVIème siècle est marqué par le séjour à Mont-de-Marsan, de Marguerite de Navarre (sœur de François 1er et épouse d’Henri II d’Albret), désormais retirée des affaires politiques.

C’est dans la capitale du Marsan qu’après avoir rédigé la préface de l’Heptaméron, elle écrivit et fit jouer une de ses œuvres maîtresses : « La comédie de Montemarsan , interprétée par ses familiers le 14 février 1548, jour du Mardi-Gras, dans le château vicomtal." Montois et Saint-Pierrois ont-ils été sensibles à ces entreprises poétiques ? Comment auraient-ils réagi à la lecture de ces quelques vers figurant dans une lettre adressée à son frère en 1546 ?
« J’ai recueilli un désert mal en point feuilles et fleurs, pour vous faire un pourpoint ».
En outre, les habitants du lieu ne semblent pas insensibles aux idées calvinistes que la très tolérante sœur de François 1er laisse se développer (sans pour autant rompre avec le catholicisme) et déjà répandues en Béarn et dans les autres fiefs gascons d’Henri d’Albret.

Mais, dès 1550, au lendemain de la mort de Marguerite de Navarre, deux habitants de Mont-de-Marsan, Jean Dumoulin (artisan serrurier) et l’ancien prêtre Pierre Doudejoux, traduits en procès pour hérésie devant le Parlement de Bordeaux sont condamnés à mort et exécutés, le premier par strangulation, le second par décapitation. C’est le signe précurseur de troubles et d’affrontements violents qui vont déferler sur la région et mettre le Marsan à feu et à sang.
Les travaux de recherche de Mme Lafitte-Tambon ont permis d’estimer à un tiers de la population les protestants à Mont-de-Marsan au moment de l’apogée locale du calvinisme dans les années 1560.
La cité vicomtale, position stratégique essentielle change quatre fois de mains au cours de la période passant successivement sous le contrôle d’un camp puis de l’autre.

Après les premiers incidents, les habitants de St-Pierre, du haut de leur promontoire ont pu assister au passage sur le territoire communal, en route vers Dax, du cortège royal de Catherine de Médicis, quittant Mont-de-Marsan après un séjour d'une quinzaine de jours en mai 1565.
Encore désireuse d’aboutir à une paix religieuse, elle s’était lancée à cette époque dans un grand tour de France pour présenter le jeune roi Charles IX à ses sujets.
C’est à cette occasion qu’au début de mai 1565, Mont–de-Marsan vit arriver par la route de Bordeaux, venant de Roquefort, le cortège royal dans toute sa splendeur.

Les historiens Louis et Michel Papy, dans leur « Histoire de Mont-de-Marsan », tome 1, en font un récit pittoresque : « La petite ville accueille par la porte de Roquefort, le plus fantastique défilé jamais entré dans ses murs : un régiment de gardes françaises, des compagnies de gens d’armes et de chevaux légers font escorte au cortège royal. Catherine et Charles IX ont chacun leur coche tiré par quatre chevaux et leur litière de parade, leurs chariots doublés de velours contenant les malles et coffres avec costumes de parade, registres et écritoires, bijoux et trésors, victuailles »... « n’oublions ni les nombreux gentilshommes chevauchant en voyageant en litière, ni les demoiselle d’honneur invitées par la reine... ni surtout les enfants de Catherine de Médicis et les cousins dont l’héritier de Navarre âgé de onze ans (le futur Henri IV). A tout cela il faut ajouter une foule de laquais et des barbiers, des médecins, des apothicaires, des palefreniers sans compter les animaux : outre toute une cavalerie, les deux mulets qui portent les fruits et les confitures pour la reine, les chiens dont le roi use pour ses chasses, les dogues et les lévriers dont Catherine ne peut se passer »...
Pendant les deux semaines de séjour de la cour de France à Mont-de-Marsan, aucune grande fête qui aurait pu distraire la population locale ne fut donnée. Pourtant, la vie quotidienne de la cour ne fut pas trop austère, ajoutent Louis et Michel Papy qui poursuivent ainsi leur récit : « Le 10 mai, lendemain de l’entrée dans la ville est un vendredi et il convient de respecter les règles de l’Église : à la table du roi et de la reine-mère sont exposés une grande variété de poissons accommodés de plusieurs manières, saumons, esturgeons et aloses de l’Adour ou de la Garonne, morues salées et raies, carpes et huîtres ; il y a aussi des tortues, des fèves et des pois et surtout des oranges et artichauts dont raffole la reine. Les autres jours, le menu n’est pas moins alléchant, puisqu’il est composé de viande de bœuf, de mouton, de porc, de chevreuil et toutes sortes de délicats volatiles, chapons, poules et pigeons, tourterelles, cailles et gélinottes que suivent fromages et fruits »...
Les souverains d’alors auraient-ils été sensibles à la vocation gastronomique des pays gascons ? Après cet intermède, les troubles et les violences reprennent de plus belle.

Mont de Marsan et Saint Pierre sont au cœur des affrontements que se livrent en Gascogne et en Béarn le chef local des armées catholiques Blaise de Montluc, lieutenant général du roi en Haute-Guyenne et Mongomery, chef des armées protestantes aux ordres de Jeanne d’Albret.
Le 19 septembre 1569. Montluc et ses troupes arrivent sur les hauteurs de St-Pierre d’où ils découvrent les murailles de la ville forte de Mont-de-Marsan, le lendemain, ils s’emparent de la ville qui est alors livrée à la soldatesque.
Elle fut reprise une dernière fois en novembre 1583, par Henri de Navarre qui parvint à y faire régner la paix avant de l’élancer à la conquête du trône de France.
Elle devient une des places de sûreté attribuée aux calvinistes par l’Edit de Nantes en 1599 même si, en fait, la modeste garnison locale se limitait à vingt et un hommes.

C’est au cours de cette période agitée, sans que l’on puisse préciser l’année exacte, que l’église de Saint-Pierre fut pillée et en partie détruite, A ce propos l’abbé Coudroye écrit en 1840 : « L’histoire rapporte que lors des guerres de religion cette église fut incendiée par les armées de Jeanne d’Albret en même temps que l’église Ste-Madeleine de Mont-de-Marsan : les flammes dévoraient toute la toiture de la nef et le clocher qui s’écroule avec une partie considérable de la voûte.... Elle fut restaurée par M. Glize, curé de l’endroit en 1773 ». (extrait des archives paroissiales).

Malgré le passage de nombreuses troupes liées à la guerre du sel déclenchée à la suite de la révolte d’Audijos et à la participation de Mont-de-Marsan à la Fronde, le XVIIème et le XVIIIème siècles apparaissent ici comme une période plus calme, marquée essentiellement par la montée en puissance du pouvoir royal et l’affirmation du rôle des intendants jusqu’à ce que survienne la tourmente révolutionnaire.