Au temps de la Révolution

La région de Mont-de-Marsan suit avec intérêt et dans le calme les événements décisifs de 1789.
Le nouvel ordre administratif mis en place par l’Assemblée Constituante implique la disparition de l’ancienne sénéchaussée du Marsan munie de droits et privilèges de pays d’Tass et la cité montoise devient chef lieu du nouveau département des Landes, triomphant habilement de la concurrence dacquoise.

Mais des difficultés commencent à se manifester en 1791 dans le domaine religieux suite au schisme entre clergé constitutionnel et clergé réfractaire consécutivement à la mise en place de la Constitution civile du clergé et à l’arrivée du nouvel évêque constitutionnel Saurine.
A cela s’ajoutent les méfaits de la crise économique : l’assignat se dévalue et les ouvriers rétribués avec ce papier-monnaie sont les premiers à en souffrir : les bateliers du port de Mont-de-Marsan refusent alors d’être payés en assignats.
Le problème des subsistances commence à se poser, les denrées circulent mal et des attroupements de paysans mécontents se multiplient dans les campagnes autour de Mont-de-Marsan : ils se refusent à payer les fermages à leurs propriétaires : il faut alors envoyer la garde nationale pour rétablir l’ordre.

Les problèmes religieux s’accentuent en 1792 : le 22 mai, le prêtre Lataste, curé de St-Pierre-du-Mont et considéré comme prêtre réfractaire s’estime persécuté, et pour s’en plaindre, envoie une lettre au ministre de l’intérieur ce qui lui vaut d’être interdit et proscrit de sa commune sur mandement de sept gendarmes à cheval qui l’obligent à quitter les lieux ; les archives locales gardent la trace de cet épisode : «Parmi les aristocrates avérés et apostillés est cité le sieur Lataste ci-devant curé de St Pierre du Mont près de Mont-de-Marsan». Un peu plus loin dans ce même extrait d’archives, il est décrit : « rubicond comme un cardinal et rayonnant de gloire comme un baudet harnaché »... Il est alors remplacé par le prêtre constitutionnel Lapeyre.

Un peu plus tard en 1795, une enquête est diligentée concernant les prêtres réfractaires et en particulier le curé Lataste ; il est suspecté d’avoir officié publiquement dans un pressoir non loin de la ville au lieu dit « Biarnés ».
On sait par ailleurs qu’au niveau de la commune les prêtres réfractaires et leurs partisans se cachaient à l’époque, dans la métairie « Lahitte » à deux kilomètres de l’église.

En 1792 à l’époque où sévissaient à Paris les massacres de Septembre, le Directoire du département suspend la municipalité de St-Pierre accusée d’être responsable de troubles, exclut de son sein Lubet-Barbon soupçonné d’avoir caché chez lui un prêtre réfractaire, et interdit sous peine de sanctions sévères de colporter les journaux hostiles aux « patriotes ».

Le 1er octobre 1793, la petite église de St-Louis (ex St-Genès) est vendue six cent vingt cinq livres par le Conseil de fabrique de St Pierre, comme bien national, à un négociant et administrateur du directoire de Mont-de-Marsan, Jean-Baptiste Laurens.

Par un arrêté en date du 23 mai 1793, St-Pierre, ainsi que quelques autres paroisses périphériques est rattachée provisoirement à la commune de Mont-de-Marsan et se trouve administrée, tout comme le chef-lieu, par un conseil général élu, composé de toute la gamme de la bourgeoisie montoise (bourgeoisie judiciaire, membres du corps médical, négociants, tous nourris de philosophie des Lumières) ainsi que de quelques représentants du milieu artisanal, le tout de tendance montagnarde... du moins jusqu’à la chute de Robespierre... dont tous s’empressent de se réjouir...

L’hiver 93 et l’été 94 sont particulièrement rudes : la difficile application de la loi du maximum, l’organisation du ravitaillement, préoccupent les autorités : en juillet, la viande se fait rare dans les boucheries, on manque d’huile, de savon, de sel : la municipalité lance un appel aux bâillonnais pour qu’ils envoient du sel. Si les riches parviennent, non sans mal, à s’approvisionner, le petit peuple souffre : les bateliers, faiblement rétribués en arrivent à refuser de travailler pour l’armée, les bouviers ne répondent plus aux réquisitions et préfèrent, pour y échapper, vendre leurs bêtes à bas prix.
De tels agissements provoquent la colère des autorités : « chaque jour, l’avarice et la cupidité trompent la vigilance des magistrats » écrivent les représentants en mission. En conséquence, le conseil de District proclame sa volonté d’organiser des perquisitions pour « découvrir les agioteurs et les spéculateurs » et annonce son intention de traduire devant les tribunaux, les bateliers et les bouviers refusant de travailler pour l’armée sous prétexte qu’ils sont payés en assignats. Ces mesures aboutissent à démasquer quelques « accapareurs » et à provoquer la reprise du travail des bateliers et bouviers récalcitrants.

La disette de 1795 provoquée par la flambée spéculative qui suit l’abolition de la loi du maximum en décembre 1794, génère les dernières révoltes locales : le 20 janvier 1795, au quartier du Gésitz (à la sortie sud de Mont-de-Marsan, limitrophe de St-Pierre), des gens privés de pain et exaspérés, s’en prennent au citoyen Gaube qu’ils accusent d’être responsable de la hausse du maïs, incident qui provoque l’intervention de la garde nationale.

Au total, les différents épisodes de la Terreur qui ont marqué la période dans l’ensemble du pays, n’ont provoqué que peu de dégâts humains autour de Mont-de-Marsan. Contrairement à ce qui s’est passé dans d’autres villes du département, la guillotine ne fit ici qu’une seule victime : le 23 octobre 1793, le curé de Samadet, Cabiro, emprisonné à Mont-de-Marsan, fut exécuté place de la Liberté (actuelle Place St-Roch) un mardi, jour de marché choisi « pour la publicité et l’effet d’exemple ».
La situation se stabilise à partir de la fin 1795.