HISTOIRE & PATRIMOINE

Synthèse, faite par Monsieur Christian Danthès à partir des recherches
historiques disponibles au moment de l'élaboration du document.

 

 

L’actuelle commune de St Pierre du Mont, (9874 habitants au recensement de mars 2011) apparaît comme une ville voisine de Mont-de-Marsan, la préfecture des Landes ;  s’étendant de la rive gauche de la Midouze ou nord-ouest jusqu’à la voie ferrée Mont-de-Marsan - Tarbes au sud-est, elle dessine un demi-cercle au sud de Mont-de-Marsan avec qui elle constitue une agglomération de 40000 habitants, au cœur de l’ancienne région historique du Marsan. Elle fait partie du Marsan Agglomération, qui regroupe dix huit communes.

St Pierre du Mont constituait le foyer de peuplement initial, antérieur à la fondation officielle de Mont-de-Marsan au XIIème siècle, ce qui lui vaut de posséder le monument historique le plus ancien, son actuelle église dont la partie primitive date du XIème siècle.

 

AUX ORIGINES DE SAINT-PIERRE 
un noyau de peuplement antérieur à la création de Mont-de-Marsan.

 

Le cœur actuel de la commune est implanté sur un plateau qui domine d’une vingtaine de mètres, par un talus abrupt la plaine de la Midouze. Ce plateau est constitué à la base de faluns, de calcaires coquillers ou gréseux de l’Helvétien (Miocène) autrefois exploités comme pierre à bâtir pour les édifices les plus anciens de l’agglomération, en particulier au niveau des carrières de Manot, au bord de la Midouze.
Ces matériaux rocheux sont surmontés par une couche épaisse d’une cinquantaine de mètres de sables fauves du Tortonien (Miocène supérieur) et sur les parties culminantes du plateau par des formations à dominante argileuse : les glaises bigarrées du Pliocène (fin du Tertiaire) autrefois utilisées comme matière première d’anciennes tuileries aujourd’hui disparues et dont la présence est attestée par la toponymie locale (lieu-dit l’Argileyre).
L’extrémité nord-ouest du plateau se termine par un promontoire qui surplombe par une partie vigoureuse l’actuelle route à deux fois deux voies Mont-de-Marsan - Dax et dénommé Castéra. Faut-il y voir, comme certaines traditions locales y incitent les restes d’un ancien oppidum protohistorique, ou d’un ancien castrum gallo-romain, voire du Haut Moyen-Age ?
Si la topographie des lieux démontre incontestablement la vocation défensive du site, rien, dans l’état actuel des données historiques et archéologiques, ne permet de conclure de façon convaincante au bien-fondé de ces hypothèses. Les pierres polies retrouvées en assez grand nombre sur le territoire communal ainsi que la découverte d’une hache néolithique ne permettent pas de tirer des conclusions assez précises sur un éventuel peuplement à l’époque préhistorique et protohistorique.


Récolte du raisin et de la résine

Des travaux récents d’historiens s’appuyant sur des recherches archéologiques permettent au contraire de localiser plus au sud le foyer originel de peuplement, à proximité de l’actuel lieu-dit « St-Louis », à l’extrémité méridionale du plateau, au-dessus du vallon forestier du ruisseau de Bourhus.
La découverte entre 1972 et 1984 de substructions de murs, de nombreuses tuiles romaines à rebord plat (tégulase), de fragments de poteries antiques clairement identifiées et enfin d’un couvercle de sarcophage en pierre datant du Haut Moyen-Age, montrent l’existence d’un habitat gallo-romain dans un site caractéristique des domaines prospères de la période du Bas-Empire (sommet de coteau exposé au sud, présence d’un ruisseau).
C’est sur ce même site de St Louis qu’une petite chapelle domaniale a peut-être été construite peu après la christianisation ici tardive (la création de l’évêché d’Aire datant de 506 on peut l’attribuer à la fin du Vème siècle). Lui a succédé un peu plus tard une église plus conséquente : l’église Saint-Genès-des-Vallées qu’une tradition locale tenace situait tout au bord de la Midouze. Elle va devenir le centre d’une grande paroisse originelle dont on ne connaît pas exactement l’étendue. On sait par une charte du début du XIème siècle que cette église St Genès a été donnée à la puissante abbaye bénédictine de Saint-Sever par le comte de Gascogne Guillem-Sanche, en même temps que l’église de Saint-Pierre (église actuelle). Patrimoine de l'église.

La mention de ces deux édifices religieux différents et voisins de quelques centaines de mètres signifie que la paroisse originelle de St-Genès a commencé à se démembrer pour donner naissance à une autre paroisse, celle de St Pierre du Mont dont le site dominant directement la vallée de la Midouze était plus adapté à une époque d’insécurité. La population de St-Genès, en position moins abritée a alors commencé à se déplacer vers le site de la nouvelle paroisse à la fois proche et plus sûr. Ainsi, le site originel de St-Genès, assimilable à l’actuel « St Louis » est remplacé comme noyau de peuplement principal par le site du bourg actuel, autour de l’église St Pierre constituée en prieuré et construite au XIème siècle par les moines maçons de l’Abbaye de St-Sever. De cette ancienne église de St-Genès-des-Vallées, il ne subsiste presque rien à l’heure actuelle, si une partie du mur occidental plus ou moins remanié et intégré à une vaste demeure bourgeoise de construction plus récente, siège d’une exploitation agricole, l’actuel « Château Saint-Louis ».


La donation d'Amanieu V d'Albret (1250)
Fresque de l'église de Lugaut

A partir du XIVème siècle, on assiste au déclin progressif de St-Genès devenu une simple annexe de St-Pierre ; des textes et actes notariés du XVIIème siècle parlent encore de la « chapelle St-Genès » que l'on commence à appeler chapelle Saint-Louis à la fin du XVIIIème siècle. Un document du diocèse d’Aire, daté de 1749 utilisé pour parler de l’annexe de « St-Pé-du-Mont » (on ne disait pas encore St-Pierre) porte la double mention « St-Genès ou St-Louis ».
L’appellation St-Louis a donc succédé à celle de St-Genès pour la simple raison que ces deux saints sont vénérés le même jour, le 25 août. En choisissant un saint plus moderne (XIIIème siècle pour Saint-Louis canonisé en 1297) que St-Genès (saint du IVème siècle originaire d’Arles) et surtout plus politique (protecteur des rois de France) on respectait la date du 25 août fêtée localement depuis l’an Mille.
Un autre document nous apprend qu’on y disait encore la messe en 1755 le dimanche matin et lors des principales fêtes de l’année liturgique et qu’elle était le siège d’une active confrérie de St-Louis qui regroupait deux cent personnes. De cette église de St-Genès - St Louis provient enfin la statue en bois de St Louis, peut-être offerte par la confrérie quelques années avant la Révolution et conservée depuis le XIXème siècle dans l’église paroissiale de St-Pierre où on peut encore l’admirer.

A la fin du XIème siècle, au lendemain du transfert de population en provenance de "St Genès des Vallées", St-Pierre du Mont groupait autour de sa nouvelle église quelques modestes maisons rurales entourées de vignes. Les paroisses de St Genès et de St Pierre gardaient des liens étroits avec l’abbé de St-Sever qui disposait d’un droit de juridiction sur les habitants et percevait six deniers sur chaque maison de la paroisse.

La fondation de Mont-de-Marsan dans la première partie du XIIème siècle vient alors changer la donne.

Saint-Pierre-du-Mont s’écrivait au cours des siècles,
Saint-Pétri-de-Roqua, Saint-Pé-du-Mont,
Saint-Pétri-de-Mont-de-Marsan,
Saint-Pé-lez- Mont-de-Marsan.

 

JUSQU'À LA FIN DU MOYEN-ÂGE

 
 

A partir de la Fondation de Mont-de-Marsan, entre 1130 et 1140, traditionnellement attribuée à Pierre de Lobaner, vicomte de Marsan (la vicomté de Marsan est apparue en 996 dans un contexte d’affaiblissement politique du Comté de Gascogne) ; le destin de St Pierre se trouve indissociablement lié à celui de la capitale de la vicomté.

La fondation de la ville nous est contée par l’historien béarnais du XVIIème siècle ; Pierre de Marca, dans son « Histoire du Béarn » (1640) :
"entre 1133 et 1140, Pierre de Laubaner, vicomte de Marsan (et par ailleurs comte de Bigorre) décide de constuire un château fort à la confluence de la Douze et du Midou et de lui associer un « castelnau » entouré de murailles. « Pour cet effet » écrit Pierre de Marca, « il s’adressa aux habitants des communes voisines de St-Genès et de St-Pierre, afin de les obliger à faire leur résidence dans la ville nouvelle qu’il entreprenait, sous promesse de leur octroyer sa protection et toutes sortes d’immunités ».

La bourgade nouvelle fut nommée « le Mont de Marsan ».
Le site n’est pas le meilleur possible sur le plan stratégique et le choix de Pierre de Lobaner tient sans doute à des raisons surtout économiques : la confluence de rivières alors navigables (la Douze et le Midou qui, réunis, donnent naissance à la Midouze) permet de créer ici une étape de commerce des grains et du vin en provenance des riches terres du proche Armagnac.
Sachant qu'en outre une route de pèlerinage à St-Jacques-de-Compostelle passe par là, on comprend dès lors que le vicomte n’ait pas voulu abandonner à l’abbaye de St Sever le contrôle de ce carrefour.

Ce récit de la fondation de Mont de Marsan établi à partir d’une charte peu précise et ambiguë pose un problème : bien que le texte de Pierre de Marca ne mentionne aucune structure antérieure, la ville n’a peut-être pas été créée ex nihilo vers 1133 et on ne peut écarter l’hypothèse de l’existence avant cette date d’une modeste résidence des vicomtes de Marsan sur le site du confluent.
En attirant les habitants des paroisses voisines, Pierre de Lobaner n’aurait peut-être fondé qu’une « ville nouvelle », auquel cas, la charte de fondation de 1133 transformerait un simple bourg castral (vague agglomération spontanée d’hommes autour d’un château) en véritable castelnau.
Quoiqu’il en soit, il faut au vicomte de Marsan, pour mener à bien son entreprise l’accord de l’abbé de St-Sever. Malgré les réticences initiales de l’évêque d’Aire, un compromis est mis au point, par lequel l’abbé donne son accord à la construction du « castelnau » sur le territoire de la paroisse de St-Pierre et à l’installation des paroissiens de St Pierre et St Genès à l’intérieur des murs de la ville nouvelle, en échange de la concession d’un terrain pour la construction d’une église.

A partir de là, Mont-de-Marsan commence à se développer autour de sa double fonction de place forte (en plus du château vicomtal, deux autres châteaux seront construits entre la fin du XIIème siècle et le XIVème siècle) et de centre commercial organisé autour du port fluvial en relation avec le port maritime de Bayonne à l’aval.

Au fond, on aperçoit le clocher de l’église de Saint-Pierre. Ainsi, Mont-de-Marsan est née de la paroisse de St-Pierre et la commune de St-Pierre aurait été fondée bien avant celle de Mont-de-Marsan par Pierre de Lobaner.

Cette particularité valut à St-Pierre l’insigne honneur de servir de lieu de prestation de serment pour les maires de Mont-de-Marsan : pendant cinq siècles (du XIIème siècle à la fin de l’Ancien Régime), les jurats de Mont-de-Marsan gravirent, en costume d’apparat le coteau de St-Pierre pour venir prêter serment sur l’autel de l’église en témoignage des liens qui, à l’origine, unissaient ces deux cités à l’abbaye de St-Sever.

 

À LA FIN DU MOYEN-ÂGE

 
 

St-Pierre perd sa prééminence religieuse dans la mesure ou, en 1305, l'acte d'union des deux églises mères (St Genès et St Pierre) au nouveau prieuré de Mont-de-Marsan consacre l'existence d'une nouvelle paroisse dédiée à Marie Madeleine et prise sur le territoire initial de St Pierre du Mont.
La petite commune se consacre au fil des ans aux travaux agricoles traditionnels (vigne, grains ... ), aux activités de batellerie liées à la proximité de la Midouze : une confrérie de bateliers s'est établi sur les bords de la rivière au cours du Xllème" siècle comme en témoigne la présence dans l'église de St-Pierre d'un bateau, symbolique ex-voto dédié à cette ancienne confrérie des bateliers.

Les chemins de la commune étaient animés par le passage des troupeaux transhumant de moutons béarnais conduits par les bergers aspois qui, aux approches de la mauvaise saison, gagnaient les pâturages landais et garonnais jusqu'aux portes de Bordeaux.
Faut-il mettre en relation avec ce serment l’origine de l’emblème officiel de la ville de Mont-de-Marsan, à savoir les deux clés de St Pierre ?
Selon la tradition, une réplique décorée de ces clés est lancée par le maire de la cité montoise, depuis le balcon de l’hôtel de ville, à la jeunesse locale lors de l’ouverture officielle des Fêtes de la Madeleine aux alentours de chaque 20 juillet.

Particularité de Saint-Pierre-du-Mont, la fontaine « Saint Louis » était située à proximité de l’ancienne chapelle Saint Louis. Inutilisée aujourd’hui, elle aurait pu servir à guérir les rhumatismes…


SUR LES CHEMINS DE ST JACQUES

 

Les Saint-Pierrois assistaient au passage des pèlerins de St Jacques de Compostelle ( la route dite « limousine », avec Vézelay pour point de départ, passait par Mont-de-Marsan et Saint Pierre du Mont ) : après la redoutable traversée des austères solitudes de la lande, sortant de Mont de Marsan où ils avaient pu se reposer à l’hôpital Saint Jacques situé à l’extérieur des remparts, les pèlerins gravissaient le coteau, passaient devant l’église Saint Pierre puis devant Saint Genès et par les lieux-dits « le Gude » puis « Petit Mijoulin ». Après avoir traversé la forêt de Mauco ( Maucor, mauvais cœur ), ils gagnaient l’hôpital du Bas de Pouy à Saint Sever.

Depuis le Xlème siècle, l'histoire de la commune est tributaire de celle de la petite Vicomté de Marsan incluse dans un Duché d'Aquitaine lui-même englobé dans le vaste domaine des Plantagenêt à la suite du remariage d'Aliénor d'Aquitaine avec Henri Il Plantagenêt en 1154.
La région devient alors le lieu de toute une série de rivalités et de troubles à resituer dans le cadre de la montée en puissance de l'affrontement entre couronne de France et couronne d'Angleterre. La Vicomté de Marsan passée successivement entre les mains de la maison Moncade, puis de la maison de Foix-Béam (en particulier à l'époque de Gaston Fébus) est alors le jeu (et l'enjeu) des relations complexes entre des vassaux gascons plus ou moins fidèles à leur suzerain le duc-roi (duc d'Aquitaine et roi d'Angleterre) et les souverains français désireux à l'occasion de s'approprier ce duché.
Il est difficile de dire dans quelle mesure les retombées de ces guerres féodales qui ont affecté la vie des habitants du Marsan en y débouchant sur la création de nombreuses bastides et en faisant de Mont de Marsan une place forte convoitée, désormais dotée de trois châteaux, ont pu bouleverser la vie quotidienne des Saint-Pierrois.

Si, même pendant la guerre de cent ans, les maîtres de la vicomté ont su tirer leur épingle du jeu et éviter le pire à ses habitants, une fois le conflit terminé, l'Aquitaine passe définitivement sous contrôle du Roi de France au lendemain de la bataille de Castîllon (1453) et il n'y a plus, dès lors, d'obstacle de taille à la volonté du pouvoir royal.

 

DU DÉBUT DES TEMPS MODERNES À LA RÉVOLUTION

 

Alors que la région est devenue à la fin du XVème siècle possession de la famille d’Albret et que le Marsan, par décision royale, est organisé en sénéchaussée distincte, le début du XVIème siècle est marqué par le séjour à Mont-de-Marsan, de Marguerite de Navarre (sœur de François 1er et épouse d’Henri II d’Albret), désormais retirée des affaires politiques.

C’est dans la capitale du Marsan qu’après avoir rédigé la préface de l’Heptaméron, elle écrivit et fit jouer une de ses œuvres maîtresses : « La comédie de Montemarsan , interprétée par ses familiers le 14 février 1548, jour du Mardi-Gras, dans le château vicomtal." Montois et Saint-Pierrois ont-ils été sensibles à ces entreprises poétiques ? Comment auraient-ils réagi à la lecture de ces quelques vers figurant dans une lettre adressée à son frère en 1546 ?
« J’ai recueilli un désert mal en point feuilles et fleurs, pour vous faire un pourpoint ».
En outre, les habitants du lieu ne semblent pas insensibles aux idées calvinistes que la très tolérante sœur de François 1er laisse se développer (sans pour autant rompre avec le catholicisme) et déjà répandues en Béarn et dans les autres fiefs gascons d’Henri d’Albret.

Mais, dès 1550, au lendemain de la mort de Marguerite de Navarre, deux habitants de Mont-de-Marsan, Jean Dumoulin (artisan serrurier) et l’ancien prêtre Pierre Doudejoux, traduits en procès pour hérésie devant le Parlement de Bordeaux sont condamnés à mort et exécutés, le premier par strangulation, le second par décapitation. C’est le signe précurseur de troubles et d’affrontements violents qui vont déferler sur la région et mettre le Marsan à feu et à sang.
Les travaux de recherche de Mme Lafitte-Tambon ont permis d’estimer à un tiers de la population les protestants à Mont-de-Marsan au moment de l’apogée locale du calvinisme dans les années 1560.
La cité vicomtale, position stratégique essentielle change quatre fois de mains au cours de la période passant successivement sous le contrôle d’un camp puis de l’autre.

Après les premiers incidents, les habitants de St-Pierre, du haut de leur promontoire ont pu assister au passage sur le territoire communal, en route vers Dax, du cortège royal de Catherine de Médicis, quittant Mont-de-Marsan après un séjour d'une quinzaine de jours en mai 1565.
Encore désireuse d’aboutir à une paix religieuse, elle s’était lancée à cette époque dans un grand tour de France pour présenter le jeune roi Charles IX à ses sujets.
C’est à cette occasion qu’au début de mai 1565, Mont–de-Marsan vit arriver par la route de Bordeaux, venant de Roquefort, le cortège royal dans toute sa splendeur.

Les historiens Louis et Michel Papy, dans leur « Histoire de Mont-de-Marsan », tome 1, en font un récit pittoresque : « La petite ville accueille par la porte de Roquefort, le plus fantastique défilé jamais entré dans ses murs : un régiment de gardes françaises, des compagnies de gens d’armes et de chevaux légers font escorte au cortège royal. Catherine et Charles IX ont chacun leur coche tiré par quatre chevaux et leur litière de parade, leurs chariots doublés de velours contenant les malles et coffres avec costumes de parade, registres et écritoires, bijoux et trésors, victuailles »... « n’oublions ni les nombreux gentilshommes chevauchant en voyageant en litière, ni les demoiselle d’honneur invitées par la reine... ni surtout les enfants de Catherine de Médicis et les cousins dont l’héritier de Navarre âgé de onze ans (le futur Henri IV). A tout cela il faut ajouter une foule de laquais et des barbiers, des médecins, des apothicaires, des palefreniers sans compter les animaux : outre toute une cavalerie, les deux mulets qui portent les fruits et les confitures pour la reine, les chiens dont le roi use pour ses chasses, les dogues et les lévriers dont Catherine ne peut se passer »...
Pendant les deux semaines de séjour de la cour de France à Mont-de-Marsan, aucune grande fête qui aurait pu distraire la population locale ne fut donnée. Pourtant, la vie quotidienne de la cour ne fut pas trop austère, ajoutent Louis et Michel Papy qui poursuivent ainsi leur récit : « Le 10 mai, lendemain de l’entrée dans la ville est un vendredi et il convient de respecter les règles de l’Église : à la table du roi et de la reine-mère sont exposés une grande variété de poissons accommodés de plusieurs manières, saumons, esturgeons et aloses de l’Adour ou de la Garonne, morues salées et raies, carpes et huîtres ; il y a aussi des tortues, des fèves et des pois et surtout des oranges et artichauts dont raffole la reine. Les autres jours, le menu n’est pas moins alléchant, puisqu’il est composé de viande de bœuf, de mouton, de porc, de chevreuil et toutes sortes de délicats volatiles, chapons, poules et pigeons, tourterelles, cailles et gélinottes que suivent fromages et fruits »...
Les souverains d’alors auraient-ils été sensibles à la vocation gastronomique des pays gascons ? Après cet intermède, les troubles et les violences reprennent de plus belle.

Mont de Marsan et Saint Pierre sont au cœur des affrontements que se livrent en Gascogne et en Béarn le chef local des armées catholiques Blaise de Montluc, lieutenant général du roi en Haute-Guyenne et Mongomery, chef des armées protestantes aux ordres de Jeanne d’Albret.
Le 19 septembre 1569. Montluc et ses troupes arrivent sur les hauteurs de St-Pierre d’où ils découvrent les murailles de la ville forte de Mont-de-Marsan, le lendemain, ils s’emparent de la ville qui est alors livrée à la soldatesque.
Elle fut reprise une dernière fois en novembre 1583, par Henri de Navarre qui parvint à y faire régner la paix avant de l’élancer à la conquête du trône de France.
Elle devient une des places de sûreté attribuée aux calvinistes par l’Edit de Nantes en 1599 même si, en fait, la modeste garnison locale se limitait à vingt et un hommes.

C’est au cours de cette période agitée, sans que l’on puisse préciser l’année exacte, que l’église de Saint-Pierre fut pillée et en partie détruite, A ce propos l’abbé Coudroye écrit en 1840 : « L’histoire rapporte que lors des guerres de religion cette église fut incendiée par les armées de Jeanne d’Albret en même temps que l’église Ste-Madeleine de Mont-de-Marsan : les flammes dévoraient toute la toiture de la nef et le clocher qui s’écroule avec une partie considérable de la voûte.... Elle fut restaurée par M. Glize, curé de l’endroit en 1773 ». (extrait des archives paroissiales).

Malgré le passage de nombreuses troupes liées à la guerre du sel déclenchée à la suite de la révolte d’Audijos et à la participation de Mont-de-Marsan à la Fronde, le XVIIème et le XVIIIème siècles apparaissent ici comme une période plus calme, marquée essentiellement par la montée en puissance du pouvoir royal et l’affirmation du rôle des intendants jusqu’à ce que survienne la tourmente révolutionnaire.

AU TEMPS DE LA RÉVOLUTION

 

La région de Mont-de-Marsan suit avec intérêt et dans le calme les événements décisifs de 1789.
Le nouvel ordre administratif mis en place par l’Assemblée Constituante implique la disparition de l’ancienne sénéchaussée du Marsan munie de droits et privilèges de pays d’Tass et la cité montoise devient chef lieu du nouveau département des Landes, triomphant habilement de la concurrence dacquoise.

Mais des difficultés commencent à se manifester en 1791 dans le domaine religieux suite au schisme entre clergé constitutionnel et clergé réfractaire consécutivement à la mise en place de la Constitution civile du clergé et à l’arrivée du nouvel évêque constitutionnel Saurine.
A cela s’ajoutent les méfaits de la crise économique : l’assignat se dévalue et les ouvriers rétribués avec ce papier-monnaie sont les premiers à en souffrir : les bateliers du port de Mont-de-Marsan refusent alors d’être payés en assignats.
Le problème des subsistances commence à se poser, les denrées circulent mal et des attroupements de paysans mécontents se multiplient dans les campagnes autour de Mont-de-Marsan : ils se refusent à payer les fermages à leurs propriétaires : il faut alors envoyer la garde nationale pour rétablir l’ordre.

Les problèmes religieux s’accentuent en 1792 : le 22 mai, le prêtre Lataste, curé de St-Pierre-du-Mont et considéré comme prêtre réfractaire s’estime persécuté, et pour s’en plaindre, envoie une lettre au ministre de l’intérieur ce qui lui vaut d’être interdit et proscrit de sa commune sur mandement de sept gendarmes à cheval qui l’obligent à quitter les lieux ; les archives locales gardent la trace de cet épisode :  «Parmi les aristocrates avérés et apostillés est cité le sieur Lataste ci-devant curé de St Pierre du Mont près de Mont-de-Marsan». Un peu plus loin dans ce même extrait d’archives, il est décrit : « rubicond comme un cardinal et rayonnant de gloire comme un baudet harnaché »... Il est alors remplacé par le prêtre constitutionnel Lapeyre.

Un peu plus tard en 1795, une enquête est diligentée concernant les prêtres réfractaires et en particulier le curé Lataste ; il est suspecté d’avoir officié publiquement dans un pressoir non loin de la ville au lieu dit « Biarnés ».
On sait par ailleurs qu’au niveau de la commune les prêtres réfractaires et leurs partisans se cachaient à l’époque, dans la métairie « Lahitte » à deux kilomètres de l’église.

En 1792 à l’époque où sévissaient à Paris les massacres de Septembre, le Directoire du département suspend la municipalité de St-Pierre accusée d’être responsable de troubles, exclut de son sein Lubet-Barbon soupçonné d’avoir caché chez lui un prêtre réfractaire, et interdit sous peine de sanctions sévères de colporter les journaux hostiles aux « patriotes ».

Le 1er octobre 1793, la petite église de St-Louis (ex St-Genès) est vendue six cent vingt cinq livres par le Conseil de fabrique de St Pierre, comme bien national, à un négociant et administrateur du directoire de Mont-de-Marsan, Jean-Baptiste Laurens.

Par un arrêté en date du 23 mai 1793, St-Pierre, ainsi que quelques autres paroisses périphériques est rattachée provisoirement à la commune de Mont-de-Marsan et se trouve administrée, tout comme le chef-lieu, par un conseil général élu, composé de toute la gamme de la bourgeoisie montoise (bourgeoisie judiciaire, membres du corps médical, négociants, tous nourris de philosophie des Lumières) ainsi que de quelques représentants du milieu artisanal, le tout de tendance montagnarde... du moins jusqu’à la chute de Robespierre... dont tous s’empressent de se réjouir...

L’hiver 93 et l’été 94 sont particulièrement rudes : la difficile application de la loi du maximum, l’organisation du ravitaillement, préoccupent les autorités : en juillet, la viande se fait rare dans les boucheries, on manque d’huile, de savon, de sel : la municipalité lance un appel aux bâillonnais pour qu’ils envoient du sel. Si les riches parviennent, non sans mal, à s’approvisionner, le petit peuple souffre : les bateliers, faiblement rétribués en arrivent à refuser de travailler pour l’armée, les bouviers ne répondent plus aux réquisitions et préfèrent, pour y échapper, vendre leurs bêtes à bas prix.
De tels agissements provoquent la colère des autorités : « chaque jour, l’avarice et la cupidité trompent la vigilance des magistrats » écrivent les représentants en mission. En conséquence, le conseil de District proclame sa volonté d’organiser des perquisitions pour « découvrir les agioteurs et les spéculateurs » et annonce son intention de traduire devant les tribunaux, les bateliers et les bouviers refusant de travailler pour l’armée sous prétexte qu’ils sont payés en assignats. Ces mesures aboutissent à démasquer quelques « accapareurs » et à provoquer la reprise du travail des bateliers et bouviers récalcitrants.

La disette de 1795 provoquée par la flambée spéculative qui suit l’abolition de la loi du maximum en décembre 1794, génère les dernières révoltes locales : le 20 janvier 1795, au quartier du Gésitz (à la sortie sud de Mont-de-Marsan, limitrophe de St-Pierre), des gens privés de pain et exaspérés, s’en prennent au citoyen Gaube qu’ils accusent d’être responsable de la hausse du maïs, incident qui provoque l’intervention de la garde nationale.

Au total, les différents épisodes de la Terreur qui ont marqué la période dans l’ensemble du pays, n’ont provoqué que peu de dégâts humains autour de Mont-de-Marsan. Contrairement à ce qui s’est passé dans d’autres villes du département, la guillotine ne fit ici qu’une seule victime : le 23 octobre 1793, le curé de Samadet, Cabiro, emprisonné à Mont-de-Marsan, fut exécuté place de la Liberté (actuelle Place St-Roch) un mardi, jour de marché choisi « pour la publicité et l’effet d’exemple ».
La situation se stabilise à partir de la fin 1795.


AU XIXème ET AU XXème SIÈCLE

Distribution des neuf quartiers de Saint Pierre du Mont telle qu ‘elle était établie par la confrérie du Saint Sacrement en 1833 :

  • Quartier de Saint-Pierre
  • Quartier de Rigole
  • Quartier de Harrissot
  • Quartier de Lareigne
  • Quartier du Guarderon
  • Quartier de Baché
  • Quartier de Castets
  • Quartier de Gude
  • Quartier de Labache

 

LES TRANSFORMATIONS ÉCONOMIQUES


Le XIXème apparaît ici comme le siècle des innovations dans le domaine agricole. Dès 1802 est effectué un essai de culture de l’arachide dans la métairie du « Grand Tic », appartenant au citoyen Lacère, essai qui donna dans un premier temps des résultats inattendus avant de se révéler utopique.
Mais les principales expériences en matière agricole sont le fait d’un personnage devenu une célébrité landaise et qui a marqué de son esprit d’entreprise l’économie du département, le marquis de Cornouille.

Cet héritier d’une des plus anciennes familles de la noblesse bretonne, après avoir quitté l’armée en 1831 avec le grade de lieutenant-colonel, au terme d’une carrière militaire classique, teste ses qualités d’agronome sur les terres familiales de Bretagne, avant de s’intéresser au développement économique du département des Landes où il achète des terres, d’abord en Haute-Lande aux confins du Lot-et-Garonne. Installé avec sa famille à Mont-de-Marsan à partir de 1840, il devient membre éminent de la société d’Agriculture et fait l’acquisition de nouvelles terres, en 1866, à St Pierre du Mont et à St-Médard.
Il y fait construire des maisons et y crée une véritable ceinture maraîchère où il pratique en particulier la culture d’asperges dont il écoule la production vers Bordeaux.
Il se lance ensuite dans l’industrie, créant la minoterie de Mont-de-Marsan située au confluent de la Douze et du Midou, au pied d’une petite chute d’eau, et qui a fonctionné jusque dans les années 1950.
Il a aussi installé sur la rive droite de la Midouze, une scierie mécanique, des moulins à huile traitant les graines de lin et de colza et une fonderie.

La deuxième partie du XIXème siècle est marquée, suite à la loi de 1857, par la pratique systématique de plantations de pins maritimes dans tout l’intérieur du département, débouchant sur la création de l’immense forêt de Gascogne, qui fit la fortune de la région jusqu’à la fin de l’entre-deux guerres.
Cette forêt dominée par « l’arbre d’or » couvre encore la partie sud de la commune aux lisières de Haut-Mauco et de St-Perdon.

St-Pierre et Mont-de-Marsan sont aussi affectées par les progrès des transports. Dans les années 1850 est construite la voie ferrée Morcenx – Mont-de-Marsan, un peu plus tard prolongée jusqu’à Tarbes et qui traverse le territoire de St-Pierre avant d’atteindre la gare de Mont-de-Marsan.
Son inauguration officielle a lieu en 1859 à l’occasion du passage à Mont-de-Marsan de Napoléon III accompagné de l’impératrice Eugénie.Le canon tonne alors, en l’honneur du couple impérial sur les hauteurs de St-Pierre.

Par contre la révolution industrielle du XIXème siècle, ne semble pas modifier de façon significative la vie de l’agglomération. A ce propos, on sait qu’en 1857, la Cie du Midi demande et obtient l’autorisation d’établir une machine à vapeur dans les dépendances de la gare. La construction de nouvelles voies ferrées et le développement des transports ferroviaires viennent en fait concurrencer victorieusement la vieille batellerie locale, qui avait atteint son apogée au XVIIIème siècle et qui, désormais, entre dans une phase de déclin progressif débouchant sur la fermeture du port fluvial dans les années 1900.

Outre les transformations économiques, l’autre grande affaire locale du XIXème siècle tourne autour de la question de la survie de la commune et des modifications de son territoire : en 1864, le projet d’annexion d'une partie du territoire communal à Mont-de-Marsan, soulève une tempête de protestations et déclenche des échanges épistolaires assez vifs avec les autorités.

En fait, il s’agit de la renaissance de vieux projets qui semblent avoir suscité bien des polémiques de 1800 jusqu’au milieu du XIXème siècle : déjà une ordonnance royale de Louis-Philippe, en 1831, avait fait taire un tollé, en confirmant le tracé des limites communales alors en place et en assurant l’indépendance des communes périphériques de Mont-de-Marsan menacées d’annexion (il s’agissait de St-Pierre-du-Mont, St-Jean-d’Août, St-Médard et Nonères).

Mais jusqu’en 1964, on trouve des délibérations dans les deux communes de Saint-Pierre-du-Mont et de Mont-de-Marsan remettant en cause les limites du territoire entre les deux communes. C’est une question récurrente. Deux faits en sont à l’origine : l’octroi et le cadastre.

A l’origine, la ville de Mont-de-Marsan se trouvait comprise uniquement entre les deux rivières, la Douze, le Midou. Au fil des siècles, la population augmentant, son territoire se trouvait trop exigu pour accueillir les nouveaux habitants qui faute de place, s’installèrent à la périphérie de la ville. La vie économique se sclérosait du fait de l’affaiblissement des capacités financières de la noblesse et de la haute bourgeoisie. Les propriétés se disloquaient du fait des successions familiales et des alliances matrimoniales.
De nouveaux bourgeois venus de la Chalosse toute proche ou du Pays Basque prenaient pied dans la ville. C’est surtout à la périphérie que se fixèrent ces nouveaux notables. La source des richesses se déplaçait. Les ressources fiscales ne se trouvaient plus « intra-muros ». L’extension du territoire induisait la recherche d’un accroissement des ressources fiscales afin de faire vivre « ces nouveaux territoires ». C’est alors le mécanisme de l’octroi qui entre en jeu. L’octroi est une taxe indirecte de consommation établie au profit des communes sur certaines denrées et sur certains objets consommés à l’intérieur des communes. Elle s’appliquait aux villes de 5000 âmes au moins.
L’octroi avait le grave inconvénient de porter sur les denrées nécessaires à la vie. C’était hélas une condition nécessaire de son activité. Si, seuls les objets de luxe avaient été soumis aux droits, le rendement eut été beaucoup moindre. Au point de vue fiscal, l’octroi portait une grave atteinte à la liberté des citoyens et aux relations commerciales par la gène et les retards qui résultaient des visites et vérifications à l’entrée des villes. Malgré de nombreuses tentatives pour le supprimer, il fallu attendre 1930 pour le voir disparaître et il fut légalement aboli par une ordonnance de 1948.
Ce droit d’octroi est l’un des piliers sur lequel repose le désir d’annexion des communes par Mont-de-Marsan.

Le deuxième pilier est la mise en place du Cadastre sous Bonaparte. Une circulaire du 13 mars 1806 en précisait le mode opératoire. En 1789, à la Révolution, la ville de Mont-de-Marsan et les communes environnantes étaient circonscrites par ce qu’il est convenu d’appeler de manière imprécise : la paroisse. Cet espace n’avait pas de délimitation précise et reconnue.
Les églises des villes et villages pouvaient en être considérées comme le centre géométrique et c’était les fidèles, qui au fil des siècles marquèrent de façon invisible, les limites.
La Convention sentit la nécessité de normaliser ces limites par la mise en place du cadastre. Pour la ville de Mont-de-Marsan et des communes environnantes la mise en place du cadastre, au lieu de régler les conflits, les raviva.
Dans son livre : « Mont-de-Marsan et ses banlieues», Michel Lévèque nous relate les diverses délibérations des Conseils Municipaux relatives aux limites territoriales qui nous montrent à quel point cette question fut importante et passionnée.

Finalement, en 1866, Saint Jean l’Août, Nonères et Saint-Médard de Beausse sont annexées à Mont-de-Marsan. Saint-Pierre-du-Mont assure sa survie en tant que commune indépendante mais au prix de la perte de la partie nord du territoire communal, intégrée désormais au territoire de Mont-de-Marsan (les limites anciennes passaient aux alentours de Plumaçon, c’est-à-dire de l’actuelle place des Arènes du chef-lieu, de la place J. Jaurès et de la place St Louis).
L’antériorité historique de St-Pierre par rapport à Mont-de-Marsan a sans doute pesé lourd dans le décision finale qui a permis la pérennité de la commune.

La ligne de démarcation: elle traversait la route du Houga en face de l'entrée du lotissement de Marcus (anciennement Métairie Balane), elle poursuivait par le champs des "Coutouneau", champs du Pouy (qui appartenait à Monsieur Dupouy), puis elle traversait la route de Grenade (à la hauteur de la maison de la presse), se prolongeait par la métairie du "Haïroun" et butait contre la route de St Sever.

Si l’histoire récente de St-Pierre se confond pratiquement avec celle de sa grande voisine montoise, quelques faits précis peuvent être signalés: la création du groupe scolaire et de la mairie actuelle en 1912.
La construction du monument aux morts par le sculpteur montois E. Ducom en 1924, celle du fronton de pelote basque en 1939 (démoli en 2003), toutes ces constructions étant situées à proximité immédiate de l’église.

 

LA LIBÉRATION


Saint Pierre du Mont et Mont de Marsan vécurent ensemble les deux dernières guerres et leur histoire se ressemble. Il est cependant important de signaler que c'est sur la commune de St Pierre qu'eut lieu la libération de Mont de Marsan, le 20 août 1944, libération qui est commémorée tous les ans au Pont de Bats.

Louis Papy écrit au lendemain de la libération:

Dimanche 20 août 1944
Depuis la veille, le pays est secoué d'explosions formidables. Tout saute autour de Mont de Marsan: le camp d'aviation immense construit sur l'emplacement de forêts abattues et où, pendant des années on coula tant de béton; ces dépôts d'explosifs accumulés et camouflés au prix de tant de peine; ces bastions qui n'auront servi à rien, ces hangars, ces ateliers... tout saute!
Tout s'en va en fumée. Quelques jours avant les allemands annonçaient par affiches que si la population s'agitait, ils bombarderaient la ville... En tous cas les allemands s'en vont.

Autour de la ville, des troupes de soldats couchés sur le sol, stupides, regardent les noires colonnes de fumée s'élever dans un ciel d'orage. Ces soldats, hier encore, défilaient allègrement en chantant dans les rues de la ville. Les voici vaincus, découragés, vautrés...
Au fond d'eux-même beaucoup se disaient que la guerre est finie pour eux; ils se réjouiraient s'ils ne redoutaient les vengeances de ces « terroristes » dont on leur a fait un épouvantail.
En même temps, ce sont, en ville, des scènes de pillage. Les allemands avaient entassé des stocks considérables. Ils ne les brûlent pas, mais ils refusent de les livrer aux autorités françaises. Ils permettent à la population de les piller. Ainsi c'est la ruée sur les hangars où sont entreposés ces richesses, sacs de biscuits que l'on éventre, caisses de sucre, boites de conserves de toutes sortes, vin des meilleurs crus de Bordeaux et de Bourgogne, liqueurs les plus fines, bougies, savons, bonbons que sais-je encore?... Aux braves gens du peuple, dont beaucoup souffraient si longtemps de privation, se mêlent des personnages honorablement connus dans la cité, et qui eux aussi pillent sans vergogne...
Tous ce peuple affairé ne montre pas encore sa joie. Le ciel est bas et triste. Le boche est encore là, retranché à l'aérodrome, dans le quartier du lycée et la boucle de la Douze. Partira-t'il? On n'ose encore y croire...

Lundi 21 août 1944
Quelle explosion soudaine de joie! Dans la nuit, les allemands se sont retirés vers le camp d'aviation, les premiers maquisards sont arrivés. Comme par un coup de baguette magique, la ville a été pavoisée en un instant.
Sous les acclamations, passent les premières troupes FFI. Équipements disparates. Armements hétéroclites. Beaucoup de ces hommes ont la mine de gens qui ont longtemps couru la campagne, campé n'importe où, supporté les intempéries. Arriveront vers midi des détachements bien encadrés, à la tenue impeccable. On les acclame encore. L'auditeur de Philippe Henriot se frotte les yeux: ce sont là les terroristes dont nous parlait la radio de Vichy?
Tout ce bon peuple de Mont de Marsan exprime en criant, en courant de façon désordonnée son bonheur d'être délivré d'une si longue et si pesante oppression. On chante la Marseillaise à tue-tête... Surprise! Au balcon de l'hôtel de Ville, devant la place noire de monde, apparaît Monsieur le maire Larrieu. Il est flanqué de deux officiers des armées alliées, un capitaine écossais et un capitaine américain, parachutés dans la région. A l'adresse de ceux-ci monte de la foule une acclamation puissante.
Le Maire parle et gesticule. Il explique que pendant l'occupation, il a fait ce qu'il a pu et qu'il se retire pour faire place à un plus jeune. Monsieur le Maire, qui eu de forts bonnes relations avec les officiers de l'armée d'occupation « ils étaient si corrects », embrasse avec effusion les officiers des armées alliées. On applaudit... Comment n'applaudirait-on pas? Voilà qui est bien joué! Ainsi s'achève un long règne municipal. Ma foi, le départ s'est fait en beauté.

Aurait-on célébré trop tôt la libération? Vers 13h des coups de feu retentissent: on dit que des détachements allemands, aux abords de la ville, ont tiré en se retirant. Plus tard, on annonce qu'une colonne allemande s'avance vers la ville. On enlève les drapeaux sur la rue centrale. Bientôt le bruit se précise: les allemands arrivent, venant de Tartas, par la route de Bayonne.
Ils sont nombreux: environ quarante camions chargés d'hommes. Ils s'agit d'une de ces colonnes qui vont, désemparées, qu'on verra errer à la dérive dans les Landes pendant plusieurs jours encore. Quel est le but de celle-ci?
Sans doute rejoindre à Mont de Marsan les allemands qu'elle croit encore retranchés. On peut supposer que les officiers ne veulent ni livrer bataille ni saccager la ville. Mais est-ce sûr? La situation peu devenir critique: à Mont de Marsan, la Résistance s'est démasquée...
Les FFI sont insuffisamment armés. Braves petits gars du Maquis! Courageusement, au nombre de 200 environ, ils se portent au devant de l'ennemi. La lutte sera farouche, acharnée.
Elle commence au Pont de Bats, où les FFI combattent pied à pied. Manœuvrant à l'abri du talus de chemin de fer, les allemands tentent de déborder la défense française. La lutte est inégale: l'armement allemand est tellement supérieur! Il faut supérieur! Il faut se replier sur le pont de Luxey, puis toujours en combattant, jusqu'aux abords de la ville...
Je connais des gamins de Mont de Marsan, qui savaient à peine tenir un fusil et se conduisirent ce jour là en héros, des soldats nord-africains et noirs, anciens prisonniers, qui accomplirent des exploits. Tout à coup un camion saute: c'est une détonation formidable. Il semble que l'incident ait déconcerté les assaillants. Ceux-ci sont surpris de se heurter à la résistance obstinée de Maquisards, qu'ils croient nombreux, et de n'avoir pas eu le secours de la garnison allemande de Mont de Marsan, qu'ils pensaient encore maitresse de l'aérodrome.
A la nuit, la fusillade a cessé. Les Maquisards ne disposent plus de beaucoup de munitions. On entend les officiers allemands hurler leurs ordres. La troupe ennemie ramasse ses morts et ses blessés, abandonne sept ou huit camions; et s'en va reprendre sans course, sans espoir...

Trois Français ont payé de leur vie la sécurité de la ville; l'officier écossais, que l'on avait fêté le matin même est tombé, lui aussi au champ d'honneur. Le 24 août, toute la ville suivit la dépouille mortelle de ces braves; en l'église de la Madeleine, l'archiprêtre Beaumont, entouré de ses vicaires, dont on a remarqué les brassards à croix de Lorraine, magnifia leur sacrifice.

Dans Mont de Marsan libéré, le nouveau régime s'établit. Le nouveau préfet, Monsieur Paul Chary fit un long séjour dans les geôles allemandes; chacun connait son courage, son intégrité parfaite. Le nouveau maire, Monsieur David, censeur du lycée, est aussi un résistant de la première heure, un administrateur de talent. L'un et l'autre ont fort bonne prestance. On procède à l'arrestation de collaborateurs notoires; tout se passe en ordre, sans ravitaillement s'améliore un peu... O merveille! L'éclairage axial reparait. Il y a encore fort à faire pour établir l'ordre dans la maison, liquider l'héritage de quatre années sinistres d'occupation.


Le lendemain des combats, restes des camions allemands devant la maison Cascay,
route de Bayonne entre les deux ponts de Luxey et de Bats.

Les combats de St Pierre du Mont
La bataille commença au lieu dit "Trompeur", à la limite de St Pierre et de St Perdon, pour se terminer à la passerelle de Luxey qui délimite St Pierre et Mont de Marsan.
Les FFI prirent leurs dispositions de combat de part et d'autre de la route ne cessèrent de harceler et de freiner l'avance de l'ennemi.
Il est à peine besoin de préciser que la bataille n'était pas égale, mais la bravoure de nos défenseurs se surpassa, et ils surprirent certainement l'ennemi qui mit en oeuvre toutes ses ressources.
Les Allemand avançaient peu à peu, ils étaient attendus toutefois au Pont de Bats, où la défense fit des merveilles. Hélas la portée insuffisante des armes portatives ne permit point de déjouer la manoeuvre d'encerclement des assaillants, qui se dispersant autour du Pont de Bats, cherchaient à contourner nos défenseurs. Héroïquement succombèrent dans le corps à corps quatre vaillants combattants.

La défense se replie sur la passerelle du Pont de Luxey qui formait le dernier point d'appui.
Qui saura jamais et qui redira les efforts surhumains qui se dépensèrent dans cette ultime action?
Le tumulte était énorme. Les Allemands hurlant leurs commandements comme des fous lorsqu'une lueur domine l'horizon, suivie d'une détonation formidable entendue dans tous les environs. C'était un camion allemand chargé de munitions qui vient de sauter sur une mine habilement placée. La fusillade va décroissant de part et d'autre. Le silence regagne peu à peu, que vient cependant troubler le bruit des camions allemands faisant demi-tour.
Il reste sur le terrain neuf véhicules en parfait état: camion citerne, camion atelier de réparation et voitures diverses.

Les dégats
Si les allemands emportèrent leurs morts et leurs blessés, il reste des traces de combat dans le cadre où il se déroula. Voici dans l'ordre de la bataille:
Une fusée allemande incendia toute la récolte de paille de la ferme Maisonnave à 300 mètres de la route nationale.
A Trompeur, Monsieur Moumique, des Ponts et Chaussées, dont les septs enfants, sur les conseils des FFI, s'étaient égayés dans la forêt, fut victime de vols de draps de lits, d'aliments et d'effets.
En haut de la côte de la route de Bayonne, à proximité d'un chêne abattu sur la route pour retarder l'avance des allemands, ceux-ci incendièrent la coquette villa de Monsieur Dubos.
A mi-côte, la grange de la ferme de Coummassot fut incendiée avec des allumettes tout au début de la bagarre. Deux habitants: Monsieur Castets et son beau-frère Monsieur Lalanne furent utilisés comme boucliers par les allemands et finalementa emmenés dans un camion au plus fort de la bataille. Ils ne recouvrèrent la liberté que le lendemain matin et à Dax où le convoi dans sa fuite les avait fait suivre.

Toutes les maisons sises dans les parages du Pont de Bats et de la passerelle du chemin de fer de Luxey portent des traces de balles.
Tout en face du camion explosé, la villa de Monsieru Cascallu a sa façade défoncée et l'intérieur dans le plus piteux état. Quant à la maison voisine de Monsieur Laffargue, une grenade incendiaire en eut raison. Il ne reste que des décombres.
Encore faut il se réjouir que toutes ces victimes aient pu réchapper vivantes de ce champ de bataille.


Les obsèques des quatre tués du Pont de Bats, le 24 août 1944:
Capitaine Mellows, Capitaine Croharé, Adjudant Siot et Adjudant Clapot.
Au garde à vous, entourant le Préfet: De Milleret, Léon Dussarat (Léon des Landes)
Effectifs FFI ayant participé à l'engagement: une centaine
La colonne allemande était cinq fois plus nombreuse.
Pertes allemandes: quatre soldats inhumés à Dax et cinq véhicules.

 

Une borne à fleur de lys subsistait encore à l’angle d’un mur, boulevard Alsace Lorraine à « Rigole ». Elle situait l’une des limites de Saint-Pierre-du-Mont en 1866. Cette pierre a été malencontreusement brisée lors de la démolition de cet angle de mur au mois d’octobre 1963…

 

LA FIN DU XXème SIÈCLE

C’est l’après-2ème guerre mondiale qui confère à la commune l’essentiel de son aspect actuel. L’extension urbaine démarre dans les années 1950. La petite commune qui n’avait atteint les 1000 habitants qu’à la fin du XIXème siècle et stagnait encore à 1150 habitants en 1946, connaît alors un essor démographique croissant et voit sa population progresser au fil des recensements.

Devenue commune urbaine, elle a été marquée, tout comme sa voisine montoise, par la construction de nombreux lotissements récents qui confèrent à son urbanisme ses traits particuliers : grande rareté de maisons jointives, large prédominance de pavillons individuels entourés d’un jardin, qui expliquent l’étendue de l’espace bâti et la faible densité de l’habitat et du peuplement.

Ce tissu urbain à large maillage est traversé par des axes routiers disposés de façon radiale convergeant vers la place J. Jaurès à Mont-de-Marsan, auxquels s’ajoutent aux limites sud de l’espace bâti, la rocade de contournement de l’agglomération montoise.

Cela vaut à St Pierre d’être à la fois le noyau de peuplement originel, centré autour de la vieille église, et une commune résidentielle.

Sa position en croissant autour de la préfecture des Landes n'a pas favorisé l'essor d'un centre bourg bien identifié et vivant. La construction d'une petite cité HLM dans les années 1960 au quartier dit "La Moustey" avec dans ce même quartier l'implantation d'un bureau de poste et d'une petite galerie commerciale a encore accentué l'incertitude quand à l'implantation du centre ville.
Ces dernières années, les ressources foncières de Mont de Marsan s'amenuisant, les constructions fleurissent dans les villages environnants. Saint Pierre du Mont a ainsi connu depuis l'année 2000 une explosion de constructions nouvelles essentiellement dans les quartiers périphériques.

 

LE DÉBUT DU XXIème SIÈCLE

Cependant, dans les années 2003, l'opportunité s'est présentée à la municipalité d'acquérir des terrains au centre historique de St Pierre, autour de l'église.
La réfection totale du centre bourg est entreprise en 2005. Cent quatre vingt logements viennent renforcer la population du centre ville. Avec l'accord des commerçants qui restaient au centre, une zone commerciale est crée.
La communauté d'agglomération construit sur ces terrains une maison de retraite et un pôle culturel. Le centre bourg de St Pierre du Mont change totalement de physionomie et devient un véritable centre ville.
L'Hôtel de Ville vient compléter l'ensemble architectural constitué de pierres, rappel de l'ancien mur de l'église associées au verre et au métal.
Un marché s'installe sur le parking de la Maison du Temps Libre, puis déménage en octobre 2014 face à l'église et rencontre depuis un succès grandissant.

D'autre part, l'armée a cédé à la commune les terrains qu'elle occupait sur le site de Menasse. La communauté d'agglomération a établi sur ce site une Base de Loisirs autour de deux lacs. Zone extrêmement attractive pour la population de l'agglomération qui se presse nombreuse pendant les mois d'été.